Keur Serigne Touba

SERIGNE MOUSTAPHA BASSIROU MBACKE : Une vie remplie d’une œuvre utile et immense
Article mis en ligne le 9 mars 2013 par BAYE FALL

Né le 21 Janvier 1928 à Darou Salam Kael (Département de MBACKE), l‘illustre fils de Serigne Bassirou vient de nous quitter le 30 de ce mois d’Août 2007 comme son maître de père, guide et repère Serigne Bassirou MBACKE il y a 41 ans, mois pour mois. Il termine son œuvre ici bas, qu’on traduirait par le terme Wacc ligueye qu’il a lui même créé. Toute la communauté lui doit son usage de même que celui de « Serigne Touba » pour désigner le khalif de Khadim Rassoul.

Ces années pendant lesquelles il a dirigé l’héritage de son père correspondent à une vie bien remplie d’un visionnaire qu’on résumerait difficilement à travers un article de presse.

Après sa première initiation au coran par son homonyme Cheikh Mouhamadou Moustapha., qui tint à lui lire les premières lettres de sa tablette, il a poursuivi les traces de son père auprès de Serigne Ndam Abdou Rahmane LO puis est confié à Serigne Ibra Bineta Sylla et à son oncle maternel Serigne Mowloud Diakhaté.

Suite à sa maîtrise parfaite du coran, il est allé se former auprès de Serigne Abibou MBACKE, un des plus grands érudits maîtres en sciences religieuses du pays. Après sa formation islamique de base, son éducation spirituelle va être assurée par son père Serigne Bassirou, à l’image de ce dernier qui l’avait aussi reçu de Cheikh Ahmadou Bamba.

Parallèlement et pour mieux jouer son rôle de guide religieux moderne, il s’est formé lui même à la langue de Molière jusqu’à pouvoir exploiter tout courrier et dossier administratif.

Une soumission inconditionnelle au ndiguel, un sens aigu de l’organisation et un haut degré de l’intérêt général

Serigne Moustapha Bassirou MBACKE avait une compréhension exemplaire de la religion, de la notion de talibé soumis et du ndiguel dont il n’acceptait aucune concession du principe de suivre lui-même les ordres de la haute hiérarchie et de voir appliquer de la part de ceux qui le suivent ceux donnés ou transmis par lui, notamment les préceptes divins suivant la doctrine de travail et de la prière léguée par Khadim Rassoul. Cela donnait un guide rigoureux et exigent avec lui-même et avec ses talibés, par rapport à la qualité du travail et de la vie d’un talibé.

Aussi, vouait - il un respect religieux à la hiérarchie établie et qui constitue l’une des richesses les plus enviables de la doctrine de Serigne Touba. Cela s’est toujours traduit par son investissement sans égal auprès de tout Khalife de Serigne Touba dont à l’annonce de chaque ndiguel il se transformait en jewrigne à la tête de la famille de Serigne Bassirou avec ses incomparables frères et ses talibés tous soumis au même ndigueul. Le fils de Sokhna Bineta a un sens élevé de l’organisation et de l’intérêt général. Les preuves les plus éclatantes restent :

la rétrocession, avec l’accord de ses frères et sœurs de ce qui est aujourd’hui Keur Serigne Touba à Touba (le site actuel appartenait à Serigne Bassirou). D’ailleurs il construisit le premier bâtiment inaugurant cette résidence ;

ses immenses réalisations à Porokhane où il a construit des suites à toute la famille de Serigne Touba pendant que sa propre demeure n’avait rien qui la distinguait des plus ordinaires sans compter les services et travaux consacrés à Mame Diarra qu’il a tous cédés gracieusement par le biais de la Fondation à toute la Communauté mouride et à la Umma islamique (voir par ailleurs). C’est assurément un legs immense et historique d’une grande utilité publique avec la formation des jeunes musulmanes.

Sergine Moustapha Bassirou vouait une fidélité et un amour sans égal à son père et guide spirituel Serigne Bassirou à qui il a consacré un livre en ouolof sur la vie et l’œuvre, un hommage a celui qui a écrit la plus grande bibliographie de Cheikh Ahmadou Bamba (Minanoul Bakhil Khadim).

Cet amour et cette fidélité seront magnifiés par un geste rare qui est de faire porter son nom à trois de ses fils. En 1966, après la disparition de son père et guide spirituel, comme celui ci le lui avait demandé, il a fait son pacte d’allégeance auprès du Khalife Général des mourides de l’époque Serigne Fallou MBACKE. En 1968, avec l’avènement de Serigne Abdoul Ahad, Serigne Moustapha Bassirou deux ans après la disparition de son père, a eu l’occasion de se révéler par son engagement pour la Mouridya. Une complicité exemplaire avec Serigne Abdoul Ahad

Serigne Moustapha Bassirou a été avec discrétion un fidele bras droit de Serigne Abdoul Ahad. La plus grande manifestation est que durant tout le Khalifa de Serigne Abdoul Ahad, il a toujours dirigé l’organisation de la plus grande fête de la confrérie mouride le Magal de Touba.

Un mois durant, il se consacrait exclusivement à cette tache et avisait ses proches et propres talibés qu’il n’était plus disponible pour eux jusqu’après l’événement. Il a plus d’une fois sollicité ses propres récoltes pour faire face.

Serigne Moustapha Bassirou a toujours voulu être le premier serviteur des fils de Serigne Touba Khadimou Rassoul.

Ce rôle de confident et de lieutenant a toujours continué avec Sergine Touba Cheikh Abdou Khadir avec qui il entretenait une relation étroite et qui lui consacrait chaque année des visites à Porokhane et Type. Il en est de même avec Serigne Touba Cheikh Saliou MBACKE, actuel Khalif, à l’occasion des travaux de Khelcom et des ndigueul qu’il donne aux talibés. Dans le même ordre d’idées, on peut citer l’exemple de la Résidence Serigne Touba de Colobane à Dakar dont la réfection lui a été confié.

Quant à Serigne Mourtalla Khadimou rassoul, ses relations avec lui dépassaient celles d’un père et son fils, d’un chef religieux et son talibé, grâce à une entente parfaite. Pour preuve, dans chacune de ses nombreuses demeures à travers le pays, se trouve l’appartement de Serigne Mourtalla où ce dernier séjournait à l’occasion de ses fréquents déplacements.

A la disparition de Sergine Mourtalla, ces appartements sont tous renommés appartements Keur Serigne Touba pour abriter ses hôtes faisant partie de la famille de Serigne Touba.

D’immenses réalisations religieuses

Serigne Moustapha a construit ou réfectionné des dizaines de maisons à travers le deux tiers des régions que comptent le Sénégal, érigé des dizaines de mosquées dont les plus grandes sont celles de Kaolack, de Porokhane et de Typ qui s’imposent grâce à ses réalisations. Serigne Moustapha Bassirou, sur instruction de son père, avait choisi Diourbel comme principale adresse. Il y passait les fêtes de l’islam et y dirige tous les jours du mois béni de ramadan, juste après la prière de Takussan, comme le faisait Serigne Bassirou, le récital du Fulk, un recueil de poèmes écrit par Cheikh Ahmadou Bamba, qui se trouve être un des moments forts de ce mois vécus dans une extraordinaire spiritualité. Comme réalisations aussi, il a créé des écoles dont les principales sont celle de Beer, un village enclavé à côté de Bayakh où il regroupe les jeunes talibés de 6 à 9 ans pour leur initiation ; une école franco arabe qu’il a créé depuis les années 1980 à Porokhane et le dernier centre de formation dédiée aux jeunes filles qui restent sans doute l’une des plus grandes réalisation de ce début de siècle au Sénégal tant par l’idée que par l’accomplissement. Le petit fils de son Illustre grand père s’est investi à envoyer plusieurs étudiants et élèves poursuivre leurs études au Maroc, en Egypte, en Arabie Saoudite, au Soudan et en France.

Quant à ses relations avec les autres familles religieuses, elles étaient marquées par une qualité exceptionnelle. En effet pour en donner une illustration, après le décès de El Hadji Abdou Aziz SY, il organisa une cérémonie religieuse dans sa propre résidence au quartier de Tivoune mouride.

Assurément Serigne Moustapha Bassirou était un homme multidimensionnel qui faisait la fierté de la mouridya et du Sénégal.

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