Keur Serigne Touba
Serigne Cheikh Ahmadou MBACKE Gaïndé Fatma 1912 1978
Article mis en ligne le 10 mars 2015 par BAYE FALL

Cheikh Ahmadou MBACKE GAÏNDE FATMA (1912-1978) UNE PENSÉE PIEUSE POUR LUI. La réussite d’une vie se mesure moins à l’aune de sa longueur, qu’au au poids de sa vertu !

Comme le disait si bien El Hadj Madické WADE, l’évocation de son nom suffit à inspirer respect, majesté, foi en Dieu et en la voie de son illustre grand père dont il porte le nom vénéré et qui l’a personnellement baptisé. Gaïndé Fatma est en cela le prototype achevé de son Maître et noble ascendant dont il a poursuivi l’œuvre à un niveau rarement égalé, en dépit de l’ostracisme des colons et de leurs alliés locaux. Ainsi donc, rejoignit-il son guide et illustre père Cheikh Mouhamadou Moustapha MBACKE le samedi 11 mars 1978 non sans avoir hautement vécu comme lui et, avec lui, pendant 33 ans (1912-1945). Gaïndé Fatma accéda au Khalifat de Darou Khoudoss à l’âge de 33 ans (1912-1945) et l’exerça avec bonheur pendant 33ans (1945-1978).

En 1946, il assura dans un contexte colonial difficile la maîtrise d’œuvre du Premier MAGAL de Touba sous l’autorité de son oncle Cheikh Mouhamad Fadal MBACKE qui venait juste de prendre le Khalifat après le rappel à Dieu de Cheikh Mouhamadou Moustapha le vendredi 13 juillet 1945. Serigne Cheikh Gaïndé Fatma soutint admirablement, discrètement et efficacement pendant 33 ans (1945-1968 et 1968-1978) ses vénérés oncles Cheikh Mouhamad Fadal MBACKE et Cheikh Abdoul Ahad MBACKE durant leurs magistères respectifs.

Ses relations particulières avec son oncle Cheikh Mouhamadou Bachir MBACKE étaient connues de tous et ce dernier le portait en haute estime. En visionnaire averti et sous l’autorité de son oncle Cheikh Mouhamad Fadel MBACKE, Serigne Cheikh Gaïndé Fatma posa les premiers jalons de l’aménagement de la ville sainte de Touba qui acquit ainsi les bases de son destin de Plateforme Spirituelle Universelle.

Ses cousins, ses frères et ses oncles de même génération- dont il fut parrain de leurs fils- lui vouaient estime, respect et affection. Une vie utile de 2x 33 ans soit 66 ans consacrée exclusivement au rayonnement de l’islam, de son pays et de l’Afrique. Une vie, entièrement dévouée aux plus démunis, aux plus faibles et aux persécutés qui, lorsqu’ils ne savaient plus où aller, se rendaient chez Gaïndé Fatma convaincus que leurs problèmes seraient résolus au mieux et dans une totale discrétion.

Et, son illustre fils Serigne Mouhamed MBACKE Sokhna LÔ hérita de lui cette générosité légendaire et la perpétua avec une élégance rarement égalée jusqu’à son rappel à Dieu le 01 juin 2005. Aujourd’hui, il repose à Taïf qu’il a transformée en une ville de lumières conformément aux vœux de son illustre grand père Cheikh Mouhamadou Moustapha MBACKE. La somptueuse mosquée de Taïf constitue une preuve éloquente que l’héritage laissé par Cheikh Mouhamadou Moustapha, Serigne Cheikh Gaïndé Fatma et Serigne MBACKE est entre de bonnes mains et ne subira point l’usure du temps. Serigne Cheikh incarna une pléiade de valeurs sublimes.

Modèle le plus achevé de la révolution culturelle universelle dont les bases furent jetées un certain 05 septembre 1895 dans le bureau du Gouverneur de l’Afrique Occidentale Française à Saint Louis par son vénéré grand père Cheikh Ahmadou Bamba MBACKE Khadimou Rassoul (Psl). Cette pléiade de valeurs sublimes disais-je sont : dignité, sérénité, spiritualité, modernité, mesure, tradition et générosité.

Le tout auréolé d’une prestance et d’un silence légendaire qui intriguait tous ceux qui eurent le privilège de l’approcher : le Président Senghor ne disait-il pas, à juste propos que ce qui le fascinait chez Gaïndé Fatma : c’est son silence imperturbable, sa générosité et surtout son extrême dignité comme aimait à me le dire souvent mon regretté oncle et très cher ami El Hadj Talla Sidy Alboury NDIAYE, son cousin et ancien secrétaire particulier. Derrière ce silence nimbé d’humilité se cachait une remarquable ouverture d’esprit.

En effet, Serigne Cheikh Fatma entretenait des relations très suivies avec toutes les familles religieuses du Sénégal, notamment Cheikh Al Islam Ibrahima Niasse, Seydina Abdoulaye THIAW Laye actuel Khalife général des Layènes, Serigne Abdoul Aziz SY Dabakh avec qui il fit le pèlerinage à la Mecque en 1951 en compagnie de Me Lamine GUEYE, Serigne Mountaga TALL et Serigne Cheikh Ahmed Tidiane SY Al Makhtoum qui aime souvent le rappeler lors de ses conférences pétries de spiritualité et de haute facture intellectuelle. Au début des années 60, Serigne Cheikh Gaïndé Fatma soutint sans réserve la lutte des peuples frères de Palestine et d’Algérie au moment où le sionisme et l’impérialisme occidental étaient aux cimes de leur puissance sertie d’une arrogance indicible. Son empreinte intellectuelle rayonne encore sur la première Conférence islamique tenue en 1963 à la Mecque sous l’égide de la Ligue islamique mondiale.

Serigne Cheikh Gaïndé Fatma ne fut jamais sourd à l’appel de son peuple. Il couva de son prestige et de son soutien financier les forces patriotiques dans leur lutte contre le pouvoir néocolonial d’alors. Point n’est besoin de revenir sur son rôle déterminant dans le processus historique qui conduisit à l’Alternance politique survenu le 19 mars 2000. Il mit sa fortune, son âme pétrie de noblesse et son grand cœur au service des fils du Sénégal et d’Afrique dans leur quête du savoir et de l’avoir licite. Le Président Omar BONGO, le Roi Fayçal d’Arabie Saoudite, l’Emir du Koweït, le Roi Mohamed V, le Roi Hassan II, le Président François TOMBALBAYE, le Président Houphouët BOIGNY, le Président Richard NIXON, son Secrétaire d’Etat aux Affaires africaines Chester CROCKER et d’autres chefs d’Etat et têtes couronnées du monde le tenaient en haute estime et lui vouaient un immense respect.

Il s’impliqua résolument dans la sphère socioéconomique nationale en favorisant l’émergence d’une élite nationale compétente et consciente de sa mission historique. Assurément Serigne Cheikh Gaïndé Fatma est le véritable précurseur du secteur privé au Sénégal. Il fut un interlocuteur intransigeant du pouvoir colonial dans les années 40 marquées par la seconde guerre mondiale.

La jeunesse sénégalaise et africaine dispose en Gaïndé Fatma un puissant modèle pour relever les défis qu’appelle la mondialisation où tout peuple sans conscience historique est destiné à disparaître, culturellement s’entend. Le Professeur Cheikh Anta DIOP ne disait-il pas à ce propos : l’impérialisme culturel est la vis de sécurité de l’impérialisme économique. Le poison culturel distillé à petites doses continue toujours de faire ses ravages chez nos élites mondialisées assoiffées de pouvoir et confondant comme le disait si bien Jacques Attali (3) : renommée et réputation, reconnaissance et révérence, gloire et célébrité, curiosité et admiration. Il convient de savoir un gré infini à la Rencontre Africaine pour les Droits De l’Homme (R.A.D.D.HO) pour son initiative heureuse et courageuse de revisiter l’œuvre et la vie de Serigne Cheikh Gaïndé Fatma en mars 2006 et, subséquemment, remettre les choses à l’endroit.

Lors de ce symposium (2), moult témoignages émanant d’éminentes personnalités politiques et religieuses ont permis de revisiter à suffisance l’itinéraire de Serigne Cheikh Fatma, notamment celui d’Alioune TINE ancien Secrétaire général de la RADDHO : Serigne Cheikh, fils aîné de Serigne Moustapha Mbacké, premier Khalife de la confrérie Mouride, a un statut spécial. De son vivant, il a beaucoup investi dans différents secteurs. Ce saint homme, très ouvert, est l’initiateur des écoles coraniques modernes dans le pays. D’ailleurs, par ses relations dans le monde arabe, il a envoyé plusieurs sénégalais en formation au Maroc, en Tunisie, en Algérie pour ne citer que ces pays.

Selon certaines sources, Serigne Cheikh a ouvert plus de 250 écoles avec un effectif de 20.000 talibés. Sur le plan économique, Gaïndé Fatma avait bon nombre de projets à l’aube des indépendances comme les huileries du Sénégal, le projet de la Banque islamique. D’ailleurs, avec ce dernier, Serigne Cheikh avait réussi à décrocher une somme de 50 Millions de Dollars en 1974 au sein de la banque américaine d’Exim Corps avec le soutien du Président Richard Nixon. Mais il fallait une garantie pour aller au bout des ses ambitions. Ce qui lui a été refusé pat les autorités sénégalaises.

Sur le plan politique, il s’est beaucoup distingué en aidant tous les partis d’opposition à exister et en finançant les familles des victimes de la répression au lendemain des indépendances. Une ONG comme la RADDHO ne pouvait que faire revivre des hommes de la trempe de Serigne Cheikh. C’est un devoir pour nous de revisiter des hommes de cette dimension. Serigne Cheikh mérite la reconnaissance de la Nation.

Ainsi donc, le moment est venu pour la République de réparer cette conspiration du silence qui entoura le parcours sublime de ce digne fils du Sénégal et de l’Afrique. Serigne Cheikh Fatma fut un guide spirituel très engagé pour la cause de son peuple, un refuge et un abri pour les faibles et les persécutés bref un marabout citoyen au sens progressiste du terme (4). Il avait un niveau d’exigence éthique très élevée.

Ne disait-il pas à ce propos : C’est dans le respect des règles non écrites que les Seigneurs se distinguent des petites gens. Sa naissance et son sens aigu des responsabilités le prédisposaient naturellement à avoir en permanence cette posture majestueuse. Je demande à tous ceux qui me feront le plaisir de lire cet hommage d’avoir une pensée pieuse pour Serigne Cheikh Gaïndé Fatma. En fait, le démiurge voulait simplement nous proposer en exemple un idéal de perfection, en l’appelant à l’existence. Et, cet aphorisme de Nietzsche, lui sied à merveille : Qu’y a-t-il pour toi de plus humain ? Épargner la honte à quelqu’un

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